Dom Guéranger Le Carême

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LE CARÊME

CHAPITRE PREMIER. — HISTORIQUE DU CARÊME.

    On donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l’Église se prépare à célébrer la fête de Pâques ; et l’institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du Christianisme. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même l’a inauguré par son exemple, en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert ; et s’il n’a pas voulu, dans sa suprême sagesse, en faire un commandement divin qui dès lors n’eût plus été susceptible de dispense, il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par l’ordre de Dieu dans l’ancienne loi serait aussi pratiqué par les enfants de la loi nouvelle.

    Un jour, les disciples de Jean s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi, tandis que nous et les pharisiens jeûnons fréquemment, vos disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus daigna leur répondre : « Est-ce que les enfants de l’Époux peuvent être dans le deuil, tandis que l’Époux est avec eux ? Il viendra un temps où l’Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront 1 . »

    Aussi voyons-nous, par le livre des Actes des Apôtres, les disciples du Sauveur, après la fondation de l’Église, s’appliquer au jeûne et le recommander aux fidèles dans les Épîtres qu’ils leur adressent. La raison de cette conduite est facile à saisir. L’homme est demeure pécheur, même après l’accomplissement des mystères divins par lesquels le Christ a opéré notre salut ; l’expiation est donc encore nécessaire.

    C’est pourquoi les saints Apôtres, venant au secours de notre faiblesse, statuèrent, dès le commencement du christianisme, que la solennité de la Pâque serait précédée d’un jeûne universel ; et l’on détermina tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l’exemple du Sauveur lui-même avait marqué. L’institution apostolique du Carême nous est attestée par saint Jérôme 2 , saint Léon le Grand 3 , saint Cyrille d’Alexandrie 4 , saint Isidore de Seville 5 , etc., bien qu’il y ait eu à l’origine des variétés assez considérables dans la manière d’appliquer cette loi.

    On a vu déjà, dans le Temps de la Septuagésime, que les Orientaux commencent leur Curé me avant les Latins, parce que leur coutume étant de ne pas jeûner les samedis, ni même les jeudis en certains lieux, ils sont contraints, pour arriver a la mesure voulue, de précéder l’Occident dans la carrière de la pénitence. Ces sortes d’exceptions sont du nombre de celles qui confirment la règle. Nous avons fait voir aussi comment l’Église latine, qui, primitivement, ne jeûnait que trente-six jours sur les six semaines du Carême, le jeûne du dimanche avant été de tout temps prohibé dans l’Église, a cru devoir ajouter postérieurement les quatre derniers jours de la semaine de Quinquagésime, afin de former rigoureusement le nombre de quarante jours de jeûne.

    La matière du Carême ayant été traitée souvent et avec abondance, nous sommes contraint d’abréger considérablement les détails dans l’exposé historique que nous faisons ici, afin de ne pas dépasser les proportions de cet ouvrage ; nous ferons en sorte cependant de ne rien omettre d’essentiel. Puissions-nous réussir a faire comprendre aux fidèles l’importance et la gravite de cette sainte institution, qui est destinée a remplir une si grande part dans l’œuvre du salut de chacun de nous !

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