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L’EVANGILE DU JOUR ET SON COMMENTAIRE PAR DOM GUERANGER

LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME


La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. VIII.

En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : Je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir. Les Juifs disaient : Se tuera-t-il lui-même, qu'il dit : Où je vais, vous ne pouvez venir ? Et il leur dit : Vous êtes d'ici-bas : moi je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde ; moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai dit que vous mourriez dans votre péché ; car si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Jésus leur dit : LE PRINCIPE, moi-même qui vous parle. J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous ; mais celui qui m'a envoyé est vrai, et moi ce que j’ai entendu de lui, je le dis dans ce monde. Et ils ne comprirent point qu'il disait que son Père était Dieu. Jésus donc leur dit : Lorsque vous aurez élevé en haut le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez qui je suis, et que je ne fais rien de moi-même, et que je parle selon ce que mon Père m'a enseigné. Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

Dom Guéranger :

Je m'en vais : parole terrible ! Jésus est venu POUR SAUVER CE PEUPLE ; il n'a rien épargné pour lui prouver son amour. Ces jours derniers, nous l'avons vu repousser durement la Cananéenne, et dire qu'il n'est venu que pour les brebis perdues de la maison d'Israël ; et ces brebis perdues méconnaissent leur pasteur. Il avertit les Juifs qu'il va se retirer bientôt, et qu'ils ne pourront le suivre où il va : cette parole ne les éclaire pas. Ses œuvres attestent qu'il est venu du ciel ; mais eux ne songent qu'à la terre. Toute leur espérance est dans un Messie terrestre et glorieux à la façon des conquérants.
C'est donc en vain que Jésus passe au milieu d'eux en faisant le bien (Act. X, 38), en vain que la nature est soumise à ses lois, en vain que sa sagesse et sa doctrine surpassent tout ce que les hommes ont entendu de plus sublime ; Israël est sourd, il est aveugle. Les plus farouches passions fermentent dans son cœur ; elles ne seront satisfaites que le jour où la Synagogue pourra laver ses mains dans le sang du Juste.
Mais en ce jour, la mesure sera comblée, et la colère de Dieu fera un exemple qui doit retentir dans tous les siècles. On frissonne en songeant aux horreurs de ce siège de Jérusalem, de cette extermination de la ville et du peuple qui avaient demandé la mort de Jésus. Le Sauveur lui-même nous dit que depuis le commencement du monde il n'y avait jamais eu un si affreux désastre, et que la suite des siècles n'en verra pas un pareil. Dieu est patient ; il attend avec longanimité ; mais quand sa fureur si longtemps contenue vient à éclater, elle entraîne tout, et les monuments de ses vengeances sont l'effroi de toutes les générations qui viennent après.
O pécheurs, qui jusqu'aujourd'hui n'avez tenu aucun compte des avertissements de l’Église, qui n'avez pas songé encore à convertir votre cœur au Seigneur votre Dieu, tremblez à cette parole : Je m'en vais. Si ce Carême passe comme les autres, sans vous avoir changés, sachez que cette menace vous regarde : Vous mourrez dans votre péché. Voulez-vous aussi demander la mort du Juste, dans quelques jours ? crierez-vous aussi : Qu'il soit crucifié ?
Prenez-y garde : il a brisé un peuple entier, un peuple qu'il avait comblé de faveurs, qu'il avait protégé et sauvé mille fois ; ne vous flattez pas qu'il vous ménage. IL FAUT QU'IL TRIOMPHE ; si ce n'est par la miséricorde, ce sera par la justice.

Hymne :

O Fils de Nazareth, astre de Bethléem, Verbe du Père, toi qu'enfanta pour nous un sein virginal ; ô Christ ! agrée nos chastes abstinences. O Roi ! nous t'offrons la victime du jeûne : d'un œil serein regarde notre fête.
 
Rien de plus saint que ce rite mystérieux qui purifie la fibre vivante du cœur, qui dompte l'intempérance jusque dans son siège, de peur que la plénitude du corps n'étouffe l'ardeur de l'esprit.
 
Le jeûne subjugue la liberté des sens et la gourmandise honteuse ; l'assoupissement que produisent le vin et le sommeil, la licence qui souille, la mollesse impudente, tous les vices de notre nature paresseuse y ressentent le joug d'une étroite discipline.
 
Si l'homme se laisse aller sans frein au manger et au boire, s'il ne contient ses membres par le jeûne, la noble flamme de l'esprit s'attiédit bientôt ; elle s'amoindrit dans des jouissances qui la flétrissent ; l'âme s'endort dans la lâcheté du corps.
 
Réfrénons donc le désir de la chair ; que la prudence se ravive et brille au dedans de nous-mêmes ; la pointe de notre esprit s'aiguisera, l'âme aspirera d'un souffle plus libre, et sa prière s'adressera plus dignement à celui qui l'a créée.