Pourquoi voter ?

Tu ne voteras point !

 

Pourquoi voter ?

Nous y voilà presque ! D’ici à peu, des candidats vont solliciter des Français leurs suffrages aux élections présidentielles. Deux mois après, les mêmes seront sollicités à nouveau pour les législatives1. Et puis viendront encore et encore d’autres convocations aux urnes.

Et comme à chaque fois, médias et politiques, et souvent prêtres ou évêques de toutes origines, vont avertir ad nauseam de la « nécessité », du « devoir », de « l’exigence citoyenne », de remplir ses obligations électorales.

Mais notre affliction ne proviendra pas de cet état de fait coutumier...

Malheureusement, comme à chacune de ces échéances, de nombreuses personnes de bonne foi iront offrir leur suffrage à “leur” candidat, certains convaincus d’accomplir un devoir, peut-être même un acte de résistance. Et comme à chaque fois, nous observerons des pères et des mères de familles, leurs enfants nouvellement majeurs, et même des prêtres et des religieuses, porter ou faire porter leur bulletin, emplis de cette étonnante certitude de mener ainsi le bon combat ou de lutter contre l’Adversaire.

« Cet appel à voter a séduit et continue de séduire beaucoup de catholiques, soit qu’ils adhèrent au principe de suffrage universel, soit comme moyen par défaut de faire appliquer leurs idées. Même parmi le petit nombre d’antilibéraux qui subsistent, bien peu imaginent qu’il puisse exister une alternative ou un autre moyen équivalent de participer à la vie publique ou de défendre leurs idées sur le plan politique. »2

Ce qui est étrange, dans une société où l’abstention aux élections ne cesse d’augmenter3, c’est de constater la part importante des Catholiques qui tiennent à voter4. Sans doute sont-ils mieux formés par leur pratique à la notion d’ordre, de hiérarchie, de discipline, et de respect des institutions. Probablement qu’ils considèrent que le pouvoir est forcément légitime et bienveillant, et qu’ils accomplissent un devoir chrétien en participant activement et respectueusement à cet exercice. Il faut dire que de nombreux (et mauvais) catéchismes le leur font croire depuis déjà les années cinquante, nous le verrons plus loin.

Pourtant, George Orwell nous avait avertis : « Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que du vent »...

Il rappelait également : « Le langage politique de notre époque consiste presque exclusivement en des phrases préfabriquées vissées les unes aux autres comme les pièces d’un jeu de Meccano d’enfant. C’est le résultat inévitable de l’autocensure. Pour écrire dans une langue simple et pleine de vigueur, il faut penser sans peur et si l’on pense sans peur on ne peut pas être dans l’orthodoxie politique. » !... 5

Un argument très souvent utilisé mérite une sérieuse réflexion : celui du « moindre mal »... « Je n’aime pas tellement ce candidat, mais je vote pour lui afin de faire barrage à son concurrent direct, qui serait pire »... Ce raisonnement, répandu et même peut-être majoritaire, est faux et pernicieux, nous le verrons plus loin également.

Pourtant, si le fait de voter n’est évidemment pas intrinsèquement mauvais, il y a lieu de se poser la question de la responsabilité de cet acte, au regard des obligations morales d’un Catholique comme de tout Chrétien et de toute personne intègre. L’usage politique de l’abstention même, -laquelle peut-être extrêmement politique et féconde- mérite lui aussi une réflexion.

Finalement, pourquoi votons-nous ? Et pour quels résultats ?... Et surtout, en dehors des rendez-vous réguliers aux urnes, quelles actions politiques menons-nous dans notre pays ou dans nos cités, au bénéfice du bien commun, comme à celui d’un monde plus chrétien ?...

Pour la majorité des Français, voter est la seule participation à la vie politique de notre pays.

Mais si cette contribution se limite à ces visites espacées de plusieurs années à l’isoloir, si leur seule réflexion sur le bien commun, c’est cet assujettissement au suffrage universel et à la désignation d’un candidat, mauvais chrétien parmi d’autres, alors, l’électeur obéissant est-il certain d’avoir accompli au mieux son devoir pour la France ? Juste en votant ?...

Et si c’était le contraire, et qu’en se contentant de cette obéissance servile, il soutenait la dégradation de notre patrie ?...

Ce raisonnement est d’autant plus nécessaire, que jamais les abstentionnistes n’auront été aussi nombreux en France. Plus révélateur encore : un sondage extrêmement récent6 affirme que seuls 7 % des Français indiquaient ressentir de « l’enthousiasme » à l’approche de l’élection présidentielle, événement politique pourtant majeur dans la vie de ce pays. Et ce même sondage indique que le mot « déception » est en revanche celui qui indiquait le mieux l’état d’esprit d’environ 4 français sur 10 !... Enfin, cette enquête d’opinion ajoute ces autres indicateurs : un tiers des sondés citent toutefois le mot « intérêt » (33 %), près d’un quart « l’ennui » (24 %) et 17 % des inscrits répondent « indifférence » ; une proportion très élevée, concernant l’élection reine de la Ve République.

Nous n’évoquerons ici que le vote en politique en France, et principalement contemporain.

Extrait du livre à paraitre d'Olivier ROUOT : "Tu ne voteras point !"

 

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SOMMAIRE

I. – Pourquoi voter ?

II. – À l’origine, était le suffrage universel

III. – Le complotisme n’empêche pas l’existence des comploteurs...

IV. – Mais... Qu’est-ce que voter ?

V. – La “Doctrine du Christ-Roi pour les nuls

VI. – Les partis politiques : Division et autoritarisme

VII. – Des maires sous contrôle

VIII. – Pour en finir avec les injonctions à voter !

IX. – “moindre mal” et “bien moindre”... Sacré amalgame !

X. – La tyrannie en marche : on vote pour ?

XI. – Voter blanc, au moins ?

XII. – Dans le doute, abstiens-toi !

XIII. – Conclusion : Finalement, que faire ? !

 

 

1 — Calendrier des élections concernées à l’heure de ces lignes : Présidentielles : 10 avril 2022 ; durée du mandat : 5 ans – Législatives : 12 juin 2022 ; durée du mandat : 5 ans – Européennes : 2024 ; durée du mandat : 5 ans – Municipales : 2026 ; durée du mandat : 6 ans. (Sources : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1939)

2 — « Voter : Piège ou devoir ? », Guennaël de Pinieux, Éditions de Chiré, juin 2016

3 — Abstention aux premiers tours : Présidentielles en 2017 : 21, 3 % (en 1965 : 15, 2 %) - Législatives en 2017 : 51, 3 (en 1962 : 31, 3 %) – Européennes en 2019 : 49, 9 % (en 1979 : 39, 3 %) - Municipales en 2020 : 55, 4 % (en 1959 : 25, 2 %) - Régionales en 2021 : 66, 0 % (en 1986 : 22, 1 %) - Départementales en 2021 : 66 % (en 1958 : 32, 6 %). À noter : Aux Présidentielles de 2017, le parti arrivé en tête (La République En Marche) avait recueilli les votes de 13 % des inscrits, les anciens partis de gouvernement (PS et Les Républicains) atteignant 5 % et 7 %. Dans les années 1970, la participation à ce type de scrutin était supérieure à 80 %. L’abstention a ensuite progressé de façon régulière, pour dépasser la moitié des inscrits, niveau habituellement réservé aux élections cantonales ou régionales.

Il faut ajouter à ces chiffres 10 à 13 % de non-inscrits...

Sources : Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/modes-de-vie/vie-politique-et-associative/participationvote.html)

4 — Le vote des Catholiques aux 2nd tour des dernières Présidentielles de 2017 : Sur l’ensemble des inscrits au 7 mai 2017, 78 % des catholiques ont voté (dont 62 % pour Macron), 80 % des catholiques pratiquants réguliers (et 71 % pour Macron) et 78 % des catholiques non-pratiquants (dont 61 % pour Macron). À noter : 76 % des protestants (dont 67 % pour Macron) et 62 % des musulmans (dont 92 % pour Macron) ont voté également. Sources : ifop pour Pèlerin, « Le vote des électorats confessionnels au second tour de l’élection présidentielles » – 23 avril 2017

5George Orwell, Essais, articles, lettres, 1945-1950, Paris, IVREA, 2004

6 — Sondage BVA paru le vendredi 18 février 2022. Échantillon de 1500 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d’un échantillon représentatif de 1651 Français âgés de 18 ans et plus.

La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence du ménage, catégorie d’agglomération et région).