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Quand la Ve République vole au secours de la secte conciliaire…Dom Nau en pâtit

Adrien Abauzit le 15 janvier 2021

Quand la Ve République vole au secours de la secte conciliaire…

 

Dom Nau en pâtit

 

« Ce qui est excessif est insignifiant. »

 

Talleyrand

 

« Normalement les encycliques nous apportent un enseignement au sens courant du terme, elles sont les instruments du “magistère ordinaire, magisterio ordinario haec docentur”, dont elles apparaissent comme les documents majeurs. »1

 

« Et ces actes authentiques du Pasteur des pasteurs, s'adressant à ceux qui participent au pouvoir de gouverner et d'enseigner l'Eglise, ont précisément pour objet les matières essentielles de cette charge : la foi et la discipline des mœurs. »2

 

Dom Nau

 

 

Il y a déjà deux ans, sortait l’excellent ouvrage de Maxence Hecquard, La crise de l’autorité, dans lequel l’auteur contestait la qualité de pape aux chefs de la secte conciliaire, du félon Roncalli au clownesque Bergoglio.

 

Ceci n’a pas été du goût des bonnes sociétés conciliaire et lefebvriste. Dans son nouveau livre, Controverses, Maxence Hecquard reproduit les critiques qui lui ont été adressées – souvent des sophismes –, ainsi que les répliques qu’il a victorieusement opposées.

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La critique la plus touffue et la plus intéressante qui ait été faite – quoique remplie d’erreurs et d’hérésies – est, me semble-t-il, celle de M. Cyril Dounot, professeur d’histoire du droit et des institutions de l’Université de Clermont-Auvergne, par ailleurs avocat ecclésiastique.

 

Le texte de M. Dounot, publié dans la Revue thomiste (SIC !), se distingue par l’effet comique résultant du décalage entre le ton condescendant utilisé et l’absence manifeste de rigueur doctrinale.

 

Par les nombreuses références qu’il brasse, Cyril Dounot peut peut-être faire illusion auprès de ceux qui n’y connaissent rien, mais il ne trompera pas les personnes imbibées du Magistère du l’Eglise.

 

Maxence Hecquard a brillamment répondu à Cyril Dounot : de sa critique, il ne reste rien.

 

Le présent texte n’est donc qu’un complément, justifié moins par la nécessité de répondre à M. Dounot – le travail est déjà fait – que par la volonté de révéler au lecteur les méthodes déloyales employées par nos contradicteurs conciliaires.

 

Lors de mes débats face à Arnaud Dumouch, celui-ci, en plus des hérésies qu’il professe (« Osiris est une préfiguration de Jésus-Christ », « le mosaïsme est antéchristique », « Dieu peut faire le mal », etc…), m’a opposé des « textes de l’Eglise » qui n’existent pas, des « Pères de l’Eglise » qui n’existent pas et des notions théologiques qui n’existent pas davantage. Lorsque mon contradicteur « Youtubeur » Archidiacre me « répond », il réplique moins à mes arguments – notamment en faisant une interprétation hérétique de l’encyclique Evanglii Praecones – qu’à ceux qu’il m’invente de toute pièce, fruits de sa fertile imagination, ce qui est de la manipulation pure et simple.

 

Nos contradicteurs sont-ils de bonne foi ? Le Bon Dieu en jugera… A cette heure, nous sommes obligés de constater qu’outre la dénaturation de nos textes et de nos propos, ils usent d’affirmations gratuites, de sophismes et d’omissions qu’il est difficile de croire involontaires.

 

Disons-le : tout cela est franchement pénible. Il semble impossible d’avoir un débat à la loyale avec un conciliaire.

 

La critique de Cyril Dounot nous fournit un magnifique exemple de ce que je décris, lorsqu’il ose écrire que Maxence Hecquard « tord la pensée de dom Nau ».

 

La charité va m’obliger à arroser l’arroseur, car en l’espèce, c’est bien Maxence Hecquard qui est fidèle à l’enseignement de dom Nau, et c’est bien Cyril Dounot qui opère, si je puis dire, à un « détournement d’auteur », en mutilant lourdement l’œuvre du théologien.

 

 

Ce que Cyril Dounot fait dire à dom Nau sur l’infaillibilité des encycliques

 

Cyril Dounot prétend que Maxence Hecquard aurait une conception extensive de l’infaillibilité pontificale, « argument » habituel de ceux qui nient ou restreignent l’infaillibilité du Magistère ordinaire de l’Eglise. Pour les négateurs de l’infaillibilité, que l’on retrouve particulièrement chez les lefebvristes et les communautés ecclesia Dei, il s’agit de soutenir contre l’évidence la plus limpide, que les hérésies conciliaires ont été professées sans que l’infaillibilité pontificale ne soit « officiellement » engagée.

 

Cyril Dounot affirme donc que Maxence Hecquard « tord la pensée de dom Nau », auteur d’un remarquable ouvrage sur l’autorité des encycliques, publié en 1952, que le lecteur peut retrouver sur le site Saint Libère :

 

« M. Hecquard tord la pensée de dom Nau, en prétendant que les encycliques sont de soi infaillibles puisqu’“il suffit que le pape enseigne en matière de foi ou de mœurs” (p. 105). Le bénédictin dit l’inverse, en restreignant l’infaillibilité dans les encycliques aux seuls “jugements dogmatiques s’imposant à l’assentiment des fidèles” répondant aux conditions fixées en 1870 : “L’objet de la définition doit être une matière de foi ou de morale, le Souverain Pontife doit y exercer son rôle de Docteur et de Pasteur universel, enfin l’acte lui-même doit être un jugement sans appel.” »

 

Dans ce passage, Cyril Dounot oppose à Maxence Hecquard que, contrairement à ce qu’il écrit, dom Nau restreint « l’infaillibilité dans les encycliques aux seuls “jugements dogmatiques s’imposant à l’assentiment des fidèles ». Il serait donc erroné, comme le soutient Maxence Hecquard, de dire que le pape est infaillible lorsqu’il « enseigne » en matière de foi et de mœurs à l’Eglise universelle, de même qu’il serait erroné de se revendiquer de dom Nau pour le soutenir.

 

La citation de dom Nau qu’utilise Cyril Dounot est exacte, mais elle ne concerne qu’un pan de son propos : celui des définitions présentes dans les encycliques, qui par essence appartiennent au Magistère extraordinaire.

 

Cyril Dounot s’arrête à cela et fait comme si dom Nau ne traitait pas de l’infaillibilité du magistère ordinaire de l’Eglise.

 

L’omission est colossale et prête à croire que dom Nau limiterait l’infaillibilité pontificale aux seules définitions (« jugements dogmatiques »), à l’exclusion de l’enseignement quotidien de l’Eglise en matière de foi et de mœurs.

 

Qu’elle soit volontaire ou non, cette omission est une falsification.

 

 

La problématique du livre de dom Nau : Cyril Dounot dans l’ « impasse »

 

Il est bien étrange que Cyril Dounot écrive que dom Nau « restreint » l’infaillibilité aux « jugements dogmatiques », puisque la dernière des trois parties de son ouvrage « Qui vous écoute, m’écoute » (p.58 à 81) vise précisément à démontrer le contraire !

 

Cyril Dounot a-t-il lu jusqu’au bout l’ouvrage qu’il prend pour référence ?

 

Dom Nau met en garde contre l’erreur grossière trop répandue, commise en l’espèce par le docte Cyril Dounot, consistant à croire que seules les définitions, entendre, les jugements dogmatiques ou solennels, seraient infaillibles :

 

« Une tentation dès lors les guettait : celle de partager les Actes du Saint-Siège en deux classes : les définitions reconnues seules infaillibles ; les autres documents qu'on excluait par là même du bénéfice de l'infaillibilité. Dans laquelle de ces deux catégories devait-on ranger les encycliques ? Tout le problème de leur autorité allait trop souvent se ramener à cette formule en apparence très claire, mais qui devait en réalité conduire à une impasse »3.

 

Selon le théologien, et nous pourrions dire, le Magistère, qu’il défend en l’espèce, croire en la seule infaillibilité des définitions conduit donc dans l’ « impasse ».

 

Notons que dom Nau relève que les jugements dogmatiques sont rares dans les encycliques : « l'absence en ces documents, ou du moins la rareté de définitions précises, de censures rigoureuses, d'anathèmes, si familiers aux canons conciliaires ou même aux Constitutions dogmatiques »4, « La présence possible de définitions dans les encycliques, si elle nous invite déjà à une lecture attentive, n'apporte pourtant qu'une solution bien partielle au problème de l'autorité des Lettres Pontificales, où les Jugements solennels n’apparaissent qu’à titre d’exceptions »5.

 

Tout le propos de dom Nau consiste à dire que, même lorsqu’elles sont dépourvues de jugements dogmatiques, les encycliques sont infaillibles en matière de foi et de mœurs. Autrement dit, tout le propos de dom Nau vise à démontrer le contraire de ce qu’affirme avec assurance et condescendance Cyril Dounot.

 

 

Ce que dom Nau dit au sujet de l’infaillibilité des encycliques, et plus largement du Magistère ordinaire

 

J’ai prévenu le lecteur : l’arroseur va se faire arroser.

 

Nous allons voir que c’est bien notre universitaire qui « tord la pensée » de dom Nau, et, se faisant, la fausse complètement.

 

Fidèle à la distinction introduite par le Magistère, dom Nau précise bien qu’il faut distinguer le Magistère extraordinaire, qui définit par un jugement solennel, du Magistère ordinaire, qui lui enseigne, par différents types de documents, et qui n’est pas moins infaillible (« privilège de l’inerrance ») :

 

  • « Cet enseignement de chaque jour, ce retour continuel, tel est justement celui de ce Magistère ordinaire que le Souverain Pontife, comme Pie XII naguère encore nous le rappelait, exerce quotidiennement dans ses Discours, ses Lettres ou ses Messages, mais tout particulièrement dans ses encycliques »6.

 

  • « L’enseignement encyclical appartient normalement au Magistère ordinaire »7.

 

  • « Avec le Magistère ordinaire, en effet, nous ne nous trouvons plus, comme dans le cas de la définition, en présence d'un jugement solennellement formulé, mais devant un enseignement au sens courant du terme »8.

 

  • « L'enseignement, lui, n'a pas pour mission de trancher, mais de faire connaître, il ne vient pas mettre terme à une divergence, mais sauver de l'ignorance ou de l'oubli. »



  • « La conclusion dès lors s'impose, il faut reconnaître le privilège de l'inerrance à un enseignement dont dépend si étroitement la foi universelle et dont Dieu lui-même, Vérité première, s'est porté garant »9.



  • « Dans l'immense concert que constitue l'enseignement universel, la voix de Pierre n'est pas seulement une voix entre les autres, c'est celle qui donne le ton, qui garde et qui soutient l'ensemble. Qu'elle le scande bien haut par un jugement solennel [magistère extraordinaire], qu'elle le maintienne plus discrètement par la vigilance et le rappel continuel de ses encycliques [magistère ordinaire] c'est toujours elle qui règle l'unité, et seules sont assurées de la justesse les voix qui demeurent en harmonie avec elle. »10.

 

On s’aperçoit donc qu’il est absolument faux de prétendre, comme le fait Cyril Dounot, que dom Nau restreindrait « l’infaillibilité dans les encycliques aux seuls “jugements dogmatiques s’imposant à l’assentiment des fidèles” ».

 

La troisième partie de son livre explique le contraire !

 

Dom Nau reconnaît parfaitement l’infaillibilité de l’enseignement en matière de foi et de mœurs que l’on retrouve dans les encycliques, et met son autorité sur le même plan que celle des jugements dogmatiques.

 

Ceci n’est guère surprenant puisque Pie XI l’avait déjà infailliblement enseigné dans Mortalium Animos, et Pie XII dans Humani Generis.

 

Que pense Cyril Dounot de l’infaillibilité du Magistère ordinaire ? La conteste-t-il ? En prétendant que seuls les jugements dogmatiques présents dans les encycliques seraient infaillibles, on pourrait le croire.

 

En tout état de cause, Maxence Hecquard est parfaitement fidèle à la pensée de dom Nau lorsqu’il écrit qu’ “il suffit que le pape enseigne en matière de foi ou de mœurs” pour être infaillible : c’est une allusion à l’infaillibilité du Magistère ordinaire, qui se distingue de l’extraordinaire en ceci qu’il enseigne.

 

Bien que cela déplaise à Monsieur Dounot, les encycliques adressées à l’Eglise universelle sont « de soi » infaillibles en matière de foi et de mœurs.

 

 

En passant, sur la condamnation de la liberté religieuse…

 

La Providence pourvoit à tout. Elle nous a ainsi donné toutes les munitions théologiques nécessaires pour contrer les subtils sophismes conciliaires.

 

Pour tenter de donner un vernis orthodoxe à la liberté religieuse, Cyril Dounot sort d’outre-tombe la grotesque réplique du « cardinal » Ratzinger à Mgr Lefebvre, inspirée par Jacques Maritain : la liberté religieuse condamnée dans Quanta Cura ne serait pas la même que celle proclamée dans Dignitatis Humanae, texte dont Cyril Dounot conteste « l’infaillibilité officielle » (nous comprenons son malaise) : « Quand il s’agit de questionner la liberté religieuse, l’A. confond volontairement le droit de pratiquer un faux culte et l’absence de contrainte en matière religieuse. »

 

L’idée est la suivante : Quanta Cura a condamné la liberté religieuse, dont le fondement serait le naturalisme, en ceci qu’elle condamne le droit, en tant que faculté morale, de pratiquer un faux culte, tandis que Dignitatis Humanae se serait limitée à consacrer l’absence de contrainte en matière religieuse, dont le fondement serait la dignité de la personne humaine. En d’autres termes, Quanta Cura condamnerait le simple droit moral à l’erreur, au faux culte, tandis que Dignitatis Humanae consacrerait le droit civil (et non moral) de pratiquer un faux culte.

 

Ce sophisme est risible, car Quanta Cura condamne à la fois le droit moral à l’erreur et le droit civil de l’erreur :

 

  1. L’absence de contrainte en matière religieuse est un parfait synonyme du droit de pratiquer un faux culte. Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que si une personne ne peut se voir imposer de contrainte en matière religieuse (hormis celles liées aux questions d’ordre public), elle jouit de facto d’un droit civil de pratiquer son faux culte. La fausse religion peut se diffuser à sa guise. C’est pourquoi la liberté religieuse n’est pas un droit à l’erreur pour les individus, mais un droit de l’erreur à se répandre. Ceci est contraire à la foi, car l’Eglise n’accorde de droit qu’à « ce qui est vrai et honnête »11 et les fausses religions, qui toutes damnent12, sont des maux par définition.

 

  1. La lettre même de Quanta Cura condamnait déjà la proposition suivante, rattachable à l’absence de contrainte en matière religieuse : « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer [immunité civile] par des peines légales les violations de la loi catholique [la pratique d’un faux culte, résultant d’une absence de contrainte, fait partie de ces violations], si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ».



L’absence de répression de la pratique d’un faux culte, donc l’absence de contrainte, l’immunité civile, est expressément condamnée. L’Etat a le devoir de réprimer les faux cultes. Ainsi que Léon XIII l’enseigne dans Libertas, un faux culte ne peut s’exercer qu’au titre d’une tolérance.



  1. Cette autre proposition condamnée dans Quanta Cura est contraire au principe d’absence de contrainte en matière religieuse : « La liberté de conscience [faculté morale d’adhérer à l’erreur]et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions [aspect civil de la pratique du faux culte] quelles qu’elles soient [ce qui inclut les opinions religieuses], par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ».

 

La « liberté de manifester hautement et publiquement » un faux culte a trait au droit civil (et non moral) de pratiquer un faux culte, à sa manifestation au for externe. Cette manifestation, ce droit civil au faux culte, cette « absence de contrainte », est expressément condamnée.



 

La vérité est que la lettre de Quanta Cura ne laisse aucune marge de manœuvre aux sophismes conciliaires. Les coups étaient parés à l’avance.

 

Tout est parfaitement clair. Les sophismes de la secte sont inopérants et ne peuvent convaincre que les personnes désireuses d’être dupées : tant la faculté morale de pratiquer un faux culte que l’absence de contrainte civile sont condamnées par l’Eglise. C’est clair, net et précis.

 

Puisque Dieu seul est juge de la bonne foi de Cyril Dounot, mettons alors ses erreurs grossières – sur son interprétation falsificatrice de l’œuvre de dom Nau et sur la liberté religieuse – sur le compte de son « absence de rigueur méthodique » et de son « étourderie »…

1 Dom Nau, Une source doctrinale : les encycliques, édition du Cèdres (1952), p.31.

2 Ibid., p.44.

3 Ibid., p.58.

4 Ibid., p.31.

5 Ibid., p.68.

6 Ibid., p.71.

7 Ibid., p.68.

8 Ibid., p.72.

9 Ibid., p.74.

10 Ibid., p.76.

11 Léon XIII, Libertas Præstantissimum, lettre encyclique 20 juin 1888.

12 Léon XII, Ubi Primum, lettre encyclique, 5 mai 1824.

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