Cum oecumenicum concilicum (Lettre confidentielle de S. Ém. Ottaviani à tous les épiscopats, 1966)
Voici la lecture d'un extrait du livre de l'historien Yves Chiron /Nouvelle histoire du concile Vatican II : 1959-1965/, Artège, octobre 2025, pp. 286-290.
* Nota Bene : dans son Discours d'Ouverture du Concile, Jean XXIII tient au moins trois propos problématiques, dont le premier est particulièrement grave : 1° Une conception mutilée du Magistère : « L’Eglise n’a jamais cessé de s’opposer à ces erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui, l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. » Le Pape doit non seulement veiller à ce que la vérité soit exposée mais aussi que les erreurs soient condamnées. La condamnation de l’erreur est essentielle à la préservation du dépôt de la foi (qui constitue le devoir premier du Pontife), puisqu’elle confirme a fortiori la saine doctrine, démontrant son efficacité par son application constante. La condamnation de l’erreur est nécessaire d’un point de vue pastoral car elle soutient les fidèles, instruits ou non, par l’autorité incomparable du Magistère, dont ils peuvent se servir pour se défendre contre l’erreur, dont la « logique » est toujours plus rusée et subtile que la leur. Qui plus est : la condamnation de l’erreur peut amener la personne égarée à réfléchir, la confrontant à la véritable nature de sa pensée ; comme on l’a toujours dit, la condamnation de l’erreur est une œuvre de miséricorde ex sese. Affirmer que cette condamnation ne devrait plus avoir lieu revient à défendre une conception mutilée du magistère de l'Église et à substituer au dialogue avec ceux qui s'égarent, dialogue que l'Église a toujours recherché, un dialogue avec l'erreur elle-même. Tout cela constitue une erreur doctrinale qui se manifeste par le périlleux aboutissement de sa pensée finale. Il semble en effet que démontrer la « validité de la doctrine » soit incompatible avec le « renouvellement des condamnations », comme si cette validité devait s'imposer par la seule force de sa propre logique interne. Or, si tel était le cas, la foi ne serait plus un don de Dieu et n'aurait besoin ni de la grâce pour naître et se fortifier, ni de l'exercice du principe d'autorité – incarné par l'Église catholique – pour se maintenir. C’est là que réside l’erreur dissimulée dans la phrase de Jean XXIII : une forme de pélagianisme, caractéristique de toute conception rationaliste de la foi, condamnée maintes fois par le Magistère. La démonstration de la validité de la doctrine et la condamnation des erreurs ont toujours été nécessairement et réciproquement liées dans l'histoire de l’Église. Ces condamnations ont abattu non seulement les hérésies et les erreurs théologiques au sens strict, mais aussi, et implacablement, toute vision du monde non chrétienne (non seulement celles contraires à la foi, mais aussi celles qui s’en éloignent, religieuses ou non, même de façon minime), car, comme l’a dit notre Seigneur : « Celui qui n’assemble pas avec moi disperse » (Mt 12, 30). La position hétérodoxe de Jean XXIII, maintenue par le Concile et la période post-conciliaire jusqu'à nos jours, a anéanti le cadre conceptuel typique de l'Église, jadis profondément chéri même par ses ennemis, dont certains l'appréciaient sincèrement : « La marque intellectuelle de l'Église est, en essence, la rigueur inflexible avec laquelle les concepts et les jugements de valeur sont traités comme établis, comme éternels » (Nietzsche). 2° Une contamination de la doctrine catholique par la pensée moderniste, intrinsèquement anti-catholique (discours aux cardinaux, 13 janvier 1963). 3° Le but de l'Eglise serait « l'unité du genre humain » (voir peu avant la conclusion du Discours)...
Ce texte du cardinal Ottaviani est particulièrement révélateur, et désapprouve indirectement le propos optimiste de Jean XXIII trois quatre ans plus tard. Il est significatif que cette Lettre confidentielle du cardinal Ottaviani ait été écrite seulement un an après la clôture du concile Vatican II. C'est inédit dans l'histoire de l'Eglise, que le Secrétaire du Saint-Office doive agir ainsi. Certes, peu après la clôture (non définitive) du Concile du Vatican, un siècle plus tôt, on vit l'épiscopat allemand répondre aux erreurs d'interprétation du Concile par quelqu'un d'extérieur à l'Eglise, en la personne du Chancelier Bismarck. Mais, ici, c'est une toute autre affaire. Cette Lettre du cardinal Ottaviani nous renseigne que les membres de la nouvelle Église étaient activement à l'œuvre, et aussi que la véritable Église refusait d'abdiquer, refusait d'accepter ces doctrines hérétiques. Le cardinal Ottaviani a fait ce qu'il a pu. L'attitude catholique envers les hérétiques est de les anathématiser, et non de seulement les dénoncer. Malheureusement, personne n'a agi en ce sens.